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Un projet mené par Documents d'Artistes Bretagne & l'École Européenne Supérieure d'Art de Bretagne, Brest - Lorient - Quimper - Rennes.

Documentation
d'artistes diplômés de l'EESAB.
2009 - 2014

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Robin Garnier-Wenisch

MÀJ 17-07-2017

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GLOST*  - Robin Garnier-Wenisch 

 *contraction de « get lost » ou « être perdu », pouvant aussi signifier « va te faire voir » par l’ajout d’un point d’exclamation.  GLOST c’est encore, en argot américain, le moment de trouble où l’ami devient amant. 

 Pour sa première exposition à Metz, Robin Garnier-Wenisch propose une immersion dans le fil de récits qu’il veut « libres d’usage et de circulation ». Ses partitions textuelles invitent à un langage performatif expérimental qui suppose d’être activé par le ‘je’ du lecteur/spectateur. De la présence à l’errance, les pièces confrontent le.s protagoniste.s à leur propre mode de narration : une voix imbibée d’héritages et d’expériences devenues poreuses. 

 La pratique de R.G-W. se construit dans son ensemble comme une véritable investigation. De chacune de ses oeuvres surgit un pan de cette quête, celle de se saisir d’une Histoire passée mais surtout créée dans sa narration au présent. Jouant de ces lignes temporelles finalement souples et étirables, R.G-W. produit des contractions incarnées dans ses formes plastiques : totems et autres sculptures ponctuent l’espace d’exposition, marqueurs d’un principe glissant d’appropriation. Alors, ces sculptures ne peuvent se laisser définir, elles sont les artefacts d’une Histoire plurielle, marquée par la singularité de son conteur. 

 Les pièces inédites présentées à la galerie Octave Cowbell apparaissent comme des énigmes pour celui qui s’en fera lecteur. Mais si les énigmes attendent d’être résolues, celles-ci invitent au lâcher-prise, autorisent la perdition, réactivent la mémoire, appellent les langages fantômes qui constituent une identité. 

La vidéo Antiope fait écho au système de traduction (usage de couleurs ou de typographies spécifiques afin de signaler différentes manifestations des bruits et voix : hors-champs, bruitage, langue étrangère, etc.) utilisé dans les médias afin de transcrire un contenu en direction du public sourd et malentendant. L’histoire restituée textuellement (OLGOBOK) trouve racine dans un récent voyage de l’artiste en Israël. Ce récit est alors donné au lecteur tel une partition qu’il sera libre d’imaginer. Bonimenteur reprend le nom d’une catégorie de doubleurs canadiens, permettant d’interpréter un texte auprès de l’auditoire.Cette pièce, activée par la lecture orale, propose d’explorer les possibilités d’expressions qui échappent - de manière volontaire ou non - à la standardisation, dans l’impossibilité d’une restitution univoque. Pièce à re-lire, Bonimenteur invite les langues fantômes autour de la table... 

 Marion Lemoult


"Il écarquille grand ses yeux, dilate ses pupilles au maximum de leurs capacités techniques et reste un long moment en bloquant sa respiration dans son abdomen, convaincu qu’ainsi l’observation ne sera que plus optimale. Devant lui, le décor ne s’est toujours pas transformé, les objets sont restés à leur place et la configuration sol/murs/plafond ne s’est nullement intervertie. Ses deux mains rejoignent l’arrondi de ses globes oculaires et massent vigoureusement la surface rétinienne dans le but d’obtenir ce qu’un photographe qualifierait de « mise au point ».
Mais rien, ou pas grand-chose. La table est toujours là, les plantes aussi. Les sol/murs/plafonds sont restés en place et rien ne s’est vraiment transformé. Une seule certitude cependant lui parcourt doucement l’épiderme au point de faire dresser le duvet pileux de ses avant-bras en une multitude de petits monts charnus et solides : le lieu est le même, les objets en sont inchangés, mais quelque chose a évolué au point de le perdre.
Sur un magazine posé à même la table basse de son salon, un voilier publicitaire s’échappe sur une mer prometteuse. Il se saisit de la réclame, et lit à voix haute le slogan de l’agence : « GET LOST », pendant ce temps, au dehors de son dedans, le monde s’inverse."


Aloys Schwartz