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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB, 2013 - 2018

Célestine Charlet

Montrer et cacher


Jouant des codes propres à l’art moderne ou à la mise en scène théâtrale et usant pour ce faire de multiples supports (bois, vidéos-projections, tissus, écriture…), ma pratique s’intéresse aux zones de manques – ou aux interstices – entre présentation et représentation.

Ainsi, je m’applique à mettre en évidence les paradoxes qui surgissent parfois au sein d’une œuvre d’art, dans les rapports ténus qu’y entretiennent la présence et l’absence ; entre un phénomène et sa redite, entre la chose et son signe, entre la nature d’un objet et sa fonction, entre la réalité et son souvenir, ou encore, entre le visible et son inhérent mystère.

J’aime, en ce sens, interroger par des pièces aux apparences énigmatiques, fantomatiques ou absurdes les conditions propres à notre perception, que j’estime nécessairement liées au récit et au langage ; ma pratique se rapprochant de l’art conceptuel1. Les modalités aléthiques (qui portent sur les conditions de possibilité de la vérité d’un énoncé) me fascinent également.

J’entretiens, aux côtés de ma production plastique, une pratique de l’écriture de poésies. Je suis convaincue que certaines figures de style littéraires, lorsqu’elles sont portées au champs des arts visuels, permettent de déjouer de manière drôle et étonnante nos attentes ; par l’arrivée impromptue d’un champs sémiologique dans un autre.

Enfin, en mettant plastiquement en scène les prérequis de la représentation – par la mise en exergue du cadre, du plan ou de la matérialité d’une image – je tente également de rendre tangibles ses limites intrinsèques, tout en faisant perdurer son système de référentialité.

Cela car, si les œuvres d’art ont parfois pour fonction de représenter quelque chose d’absent, gageons qu’elles peuvent également rendre d’autant plus présente à nos yeux, cette absence même de la chose. Creusant par là, en leur centre, une porte ouverte sur un invisible plein de possibles à investir ou, au contraire, une porte fermée sur un inconnu qui nous resterait inconnu : un espace laissé à l’Autre, à l’indicible, ainsi qu’à la liberté simple d'un refus.

 


 

1 « Le moment conceptuel de l’art des années 1970 est la coïncidence de la soustraction de l’artiste avec une théâtralisation exacerbée des instances de l’art. (…) Plus que jamais, l’art en général, comme genre ou catégorie, est identifié à un espace scénique. » Patricia Falguières, Aire de jeu in Les Cahiers du Musée National d’Art Moderne, numéro 101, Paris, automne 2007, p.65

« Les théoriciens de la modernité ont mis l’accent sur la nature purement rétinienne ou visuelle de l’art, en particulier de la peinture. Les artistes conceptuels allaient souligner le rôle crucial du langage dans toute expérience visuelle. » Tony Godfrey, L’Art conceptuel, Phaidon, 2003, p.15