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Un projet mené par Documents d'Artistes Bretagne & l'École Européenne Supérieure d'Art de Bretagne, Brest - Lorient - Quimper - Rennes.

Documentation
d'artistes diplômés de l'EESAB.
2009 - 2015

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Raphaëlle Péria

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Une seconde vie pour les souvenirs

 

Le travail de Raphaëlle Peria crée un mouvement dans la contemplation de ses images. Bien que figés sur le papier, les composants de la photographie semblent s'ouvrir et grandir dans une matérialité déroutante. Les pigments sont libres de s'évader, laissant des tâches blanches comme indicateurs du temps qui passe et emporte presque tout avec lui...

Une tension se crée face au risque d'effacement, de disparition à jamais des éléments.

L'artiste gratte le support, déformant ses propres captures photographiques mais que cherche t-elle à nous montrer?

Ces photographies sont les traces uniques du regard qu'elle a porté sur ces lieux. Détentrices de ses souvenirs, elles racontent les errances de l'artiste autour du globe.

Le grattage envahit la photo mais contre toute attente il révèle plus qu'il n'efface. Le blanc inonde l'image de lumière et contraste avec les couleurs restantes. Dans sa série Ciels bleus, les montagnes et les falaises se découpent du ciel comme dans une peinture surréaliste. Les moindres petits détails de l'oeuvre nous intriguent et appellent à être regardés. A travers ses Deux cent trente cinq nuits, l'artiste invoque cette fois le spectre de sa propre présence, dans chaque chambre d'hôtel où elle est passée. Ici la transformation de l'image ajoute un nouvel élément, comme une intrusion voyeuriste planant dans ce lieu intime.

La jeune femme semble vaincre l'idée même de souvenir en retravaillant la matérialité des siens.

Tout doit être sauvé, photographié, capturé, dessiné, afin d'être retravaillé avec précision.

Les paysages naturels, les vues panoramiques des villes qui grouillent, les portraits des rencontres, les clefs et les lits de chambres d'hôtels, elle récolte à la hâte et exécute sur le vif, n'en perdant pas une miette.

La recomposition particulière des éléments leur donnent un second souffle, réintègre dans le présent ce qui appartenait au passé. L'artiste se place comme actrice de sa mémoire. Une fois détériorées, les photographies ne seront plus à l'image du moment vécu. Elles ne témoigneront plus de la beauté d'une plage ou de la structure d'une ville, elles seront biaisées par l'action ultérieure à ces moments passés.

Cependant, ne peut-on pas penser qu'au contraire Raphaëlle s'approprie encore plus ces moments qui furent les siens ? Qu'en transformant la picturalité des clichés elle nous livre sa vision dans sa totalité ? L'instant de capture photographique ne serait qu'une première étape dans la construction du souvenir.

L'artiste pousse son procédé jusqu'à exposer également les résidus de ses grattages. L'oeuvre Ce qu'il en reste est formée des excédents de papiers photographiques, eux-même structurés comme pour reconstruire une vue de paysage.

Comme nous le montre Raphaëlle, les souvenirs sont à notre portée et ne demandent qu'à être réhabités, réinventés et repensés.

 

Mona Prudhomme

2015