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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB. 2011 - 2015

Mélanie Villemot

MÀJ 09-11-2018

    Mes recherches portent sur les fonctions sociales et spirituelles tenues par des objets et pratiques issues d’une culture basée sur la consommation. Ce travail, inspiré d’articles et livres en sociologie, en marketing et en neurosciences, puise des formes et gestes dans les cultures commerciales et renouvelle la perception d’expériences quotidiennes afin de mettre en lumière la complexité des constructions individuelles et collectives à l’heure de la consommation.

    À l’époque post-industrielle, la construction individuelle s’illustre par l’évolution de l’utilisation, de la perception, et de la consommation d’objets, qui contraste fortement de celles en jeu dans les sociétés aristocratiques et dans les sociétés modernes.
    Dans les sociétés aristocratiques, la détention d’un objet confirme un ordre fondé ontologiquement, tandis que dans les sociétés modernes, l’objet exhibé signifie aux yeux des autres l’appartenance à une classe sociale. Dans les sociétés post-industrielles, marquées par un tassement symbolique des hiérarchies dû au développement de la classe moyenne, l’individu·e qui pensait jusqu’alors son parcours ascensionnel à travers des strates sociales reconnues, ne cherche désormais plus son identification dans une catégorisation socio-économique immédiatement supérieure. Il·elle la cherche dorénavant dans des groupes semblables au sien, et ne veut dès lors plus consommer des objets-signes de statut ostentatoire mais des objets-modes de vie, qui vont le·la différencier moins économiquement que culturellement.
    Les objets vont alors s’inscrire dans un registre où leur utilité sera jugée dans leur capacité à faire signe, à exprimer l’adhésion à un système de valeurs, à l’appartenance à un groupe culturel, devenant partie prenante de la construction individuelle et sociale de l’individu·e. Les expériences de consommation, et les environnements qui s’y rattachent, encadrent quant à eux l’acte de consommer d’un fond symbolique et émotionnel qui contribue à la transformation recherchée par les consommateurs·trices.

    Le choix de l’objet ou du service consommée, la façon dont il est acquis, vécu, devient ainsi déterminant dans la manière où l’individu·e est perçu·e et se perçoit lui·elle-même, et participe de sa construction individuelle, sociale, mais aussi spirituelle. De fait, si les cultures commerciales, héritières de la pensée rationnelle, sont caractérisée par un déclin des religions, on y observe néanmoins un retour à de nouvelles formes de spiritualité qui se traduisent dans des formes de consommation qui visent explicitement au bien-être et au développement personnel (yoga, méditation, médecines parallèles, et tout un éventail de produits et services visant à réconcilier le corps, l’esprit et l’environnement). Les individus·es cherchent ainsi à soigner à la fois le corps et l’esprit dans une perspective matérialiste qui manifeste un rapport fonctionnel au spirituel, dissocié de la notion de transcendance inhérente aux religions.

    Dans ce contexte, les neurosciences, en permettant de localiser de plus en plus finement les émotions dans le cerveau et d’y lier des stimuli extérieurs, participent à une nouvelle conception de la notion de spiritualité dans ces sociétés. L’extase, la voyance, la méditation ou la transe, traditionnellement associés à des phénomènes mystiques, trouvent en effet des échos dans des phénomènes observés neurologiquement. En décrivant ces états dans un langage scientifique, une écriture portée par un système de valeur rationnel, les neurosciences légitiment leur existence aux yeux des sociétés post-industrielles. Elles servent dès lors d’outil pour insérer ces formes de spiritualité dans des modèles compatibles à la consommation (application mobile de méditation, casque qui enregistre les ondes cérébrales pour de la relaxation, etc.).

    Il apparaît ainsi que si les formes de spiritualités tendent à disparaître dans une acception religieuse, elles trouvent de nouveaux modèles dans des pratiques légitimées par les neurosciences et liées à la consommation. Ces nouveaux modèles, dénués de transcendance, et protéiformes, témoignent de nouvelles formes de construction individuelles et collectives non plus basées sur la préparation d’une vie post mortem mais sur un épanouissement quotidien.