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Un projet mené par Documents d'Artistes Bretagne & l'École Européenne Supérieure d'Art de Bretagne, Brest - Lorient - Quimper - Rennes.

Documentation
d'artistes diplômés de l'EESAB.
2009 - 2014

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Léa Bénétou

MÀJ 02-06-2017

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Toit, passage, toboggan, fenêtre, présentoir… ces mots sèment la concrétude d’une cité. Les images associées sont une surprise ; formes relativement reconnaissables et formes géométriques se côtoient. L’ensemble, titres et images, crée un milieu inattendu : ici et ailleurs. Ce sont comme des balises, indiquant une piste à suivre. La virée promet d’être amusante. À la manière des imagiers pour enfants – dont les pages sont tournées afin d’apprendre à connaître les objets qui les entourent et à leur associer des mots – les dessins, peintures et installations de Léa Bénétou sont un rappel à notre mémoire de notre environnement architectural. Il faut jouer. Et bien jouer.
Mais sitôt appris, sitôt oublié ! La courbe d’Ebbinghaus*, pic abrupt, nous montre en effet comment notre mémoire évolue dans le temps : l’apprentissage peut être rapide mais décliner tout aussi vite. Faire infléchir la pente raide de la courbe d’Ebbinghaus consisterait à agir sur notre mémoire grâce à la répétition espacée d’une information : se rappeler avant d’oublier. La courbe dessinerait alors au sommet des ondulations régulières, signes qu’une rétention à long terme est en cours. Ainsi, nous faut-il sans doute tourner à nouveau les pages de l’imagier proposé par Léa Bénétou, passer et repasser devant ses balises afin d’en mémoriser les caractères, anciens et nouveaux. L’artiste reprend soit des formes connues de l’histoire de l’architecture contemporaine soit des formes génériques propres à l’espace urbain. La segmentation, les transparences, les aplats de couleurs, le tracé schématique, la décontextualisation restreignent cependant la répétition du même pour accueillir le fantasmagorique. Lorsque les édifices tendent à s’effacer pour laisser place à des structures abstraites – celles-là même qui ont été insufflées dans notre monde fabriqué – l’architecture semble redonner ce qui lui avait été attribué, révélant une complexe relation génétique entre l’homme, son milieu et la géométrie.

Toit, passage, toboggan, fenêtre, présentoir… petite piqûre de rappel pour nous remémorer les objets qui nous entourent, les regarder autrement, débuter un nouveau récit architectural. Il faut jouer. Et bien jouer. En danois, bien jouer se traduit leg godt, dont la contraction donne le mot Lego.

*En 1885, le psychologue Hermann Ebbinghaus publie dans son ouvrage La Mémoire : Recherches de psychologie expérimentale les résultats de ses travaux sur l’apprentissage. Au cours d’expériences pratiquées sur lui-même, il remarque que la répétition améliore la mémoire. Ses résultats ont permis d’établir la courbe d’Ebbinghaus, autrement appelée courbe d’oubli. Texte écrit par Mayhoua Moua pour l’exposition «Bien jouer» à Rennes.
Une invitation de l’association «Parquet ni moulure» (Mayhoua Moua et Nikolas Fouré)
https://parquetnimoulure.wordpress.com/


Le travail de Léa Bénétou se nourrit essentiellement de l’architecture duquel elle puise un vocabulaire de formes et de matières créant ainsi son propre langage plastique. L’architecture, chez Léa Bénétou, devient avant tout un prétexte, issue d’une fascination, pour jouer et s’approprier cet art de la construction.

L’artiste fait volontairement l’économie du sens et de la dimension historique des architectures qu’elle reproduit afin de générer un langage plastique qui devient alors un terrain de jeu. Cela passe par un processus constant qui consiste en la sélection d’une image extraite d’une base de données, puis de sa reproduction sur un calque à partir duquel commence un processus d’abstraction. Vient ensuite sa transposition par des techniques cette fois-ci variables telles que la peinture, le moulage, la sculpture, etc...
Au travers de ce processus d’abstraction, les architectures de référence se mélangent, se confondent et deviennent les pions d’un jeu dont on ne serait déterminer les règles. à la rigueur architecturale vient se substituer un soucis de l’imperfection et de l’aléatoire dans la transposition de ces formes qui confère alors un sentiment d’inachevé car en construction.

Le jeu devient alors le fil conducteur des recherches plastiques de Léa Bénétou, il est toujours une finalité.
Comme un pied de nez au caractère immuable des architectures chargées historiquement et alors devenues des monuments, le jeu a la particularité d’être, de manière intrinsèque, dans l’action et la stimulation de ces acteurs.

Audrey Pédron


Léa Bénétou étudie notre environnement, plus précisément notre habitat. Son regard se pose sur les architectures qui composent nos déambulations, notre quotidien. S’organisent des répertoires de formes qui deviennent la source de petites éditions DoItYourself de qualité. Chaque projet est une suite de réalisations. Nous suivons alors les pistes de l’artiste qui étudie dans ses dessins les structures et squelettes, de nos foyers, de nos infrastructures. Des récurrences peuvent ainsi établir de nouvelles normes plastiques : le choix des matériaux place les problématiques de l’artiste et révèle avec humour une démarche plastique soucieuse de l’expérimentation et de l’observation.

L’étude d’une structure, quelle qu’elle soit, demande une analyse des étapes qui formeront ses caractéristiques. Au delà de l’architecture, une part de psychologie environnementale se dresse dans ses installations. Ces dessins et carnets sont des indices formels de réflexions, leur mise en espace dévoile les interrelations de l’individu et de son environnement. Ce parallèle entre les étapes de construction et de transformation d’un milieu et de ses habitants sont des questionnements liés à l’urbanisme apparus dès les années 50 avec la reconstruction massive des logements après-guerre. Arrivent massivement zones pavillonnaires, tours et barres. Se pose la question de l’espace vital, des éléments qui le constituent et forgent nos comportements. Léa Bénétou met en exergue l’impact de ces constructions modernes — ces ensembles bâtis devenus notre cadre naturel — sur notre perception spatiale et temporelle.

Aurélie Faure.
Texte pour l’exposition collective Irredux, commissariat de Aurélie Faure, atelier Chez Kit du 23 au 24 janvier 2015.



Pour Jeux  de  brutes,  première  exposition  personnelle  de  Léa  Bénétou  à  la  Galerie  des  petits  carreaux, la jeune artiste se réfère au Brutalisme, un style architectural d’origine anglo-saxonne qui est issu du modernisme, et dont le nom vient de l’utilisation du «béton brut», ce béton «brut de décoffrage» que Le Corbusier a utilisé par exemple dans sa Cité Radieuse de 1952.
Ce qui intéresse l’artiste dans ce type d’architecture, c’est tout d’abord que les structures brutalistes se composent de formes géométriques anguleuses qui frappent par leur répétition. C’est aussi l’utilisation «noble» de ce béton  « brut de décoffrage » sans revêtement ni fioritures. La forte présence du matériau brut, la répétition d’un motif géométrique simple : tel est le
vocabulaire plastique sur lequel l’artiste s’appuie pour Jeux de brutes. Le brutalisme a été frappé de discrédit après l’échec en Occident des projets d’implantation de “communautés fonctionnelles” dans les ensembles urbains à architecture brutaliste (notamment en Grande-Bretagne).
Du fait de cet échec, le brutalisme architectural a été traduit en “brutalité” sociale puis est devenu synonyme de “brutalité” économique. En France ce concept est traduit par l’idée que l’urbanisation est faite par des “bétonneux”. Un grand  nombre  de  ces  bâtiments  sont  aujourd’hui  plus  ou  moins  abandonnés,  ou  ne  font  l’objet  d’aucune restauration. Néanmoins les images d’archives présentent de manière formelle de très belles images de ces bâtiments. En particulier le blog FuckYeahBrutalism, qui depuis 2010 met en ligne ces photographies, qui ont servi de base de travail à cette exposition. C’est par un détournement de ces codes, de l’image de cette architecture, que Léa Bénétou tente de ramener ces symboles figés dans une temporalité passée, vers une image contemporaine, par la découpe et la recomposition.

Léa Bénétou propose des sculptures, des dessins et des peintures qui utilisent à leur tour des «matériaux bruts» comme le bois, le ciment et le béton. Mais aussi des motifs répétitifs qui évoquent les jeux de construction type Lego et Kappla avec de faux outils de construction comme par exemple l’adhésif décoratif effet marbre. Celui-ci une fois découpé et recomposé sur la feuille de dessin donne un nouveau rythme, un nouveau regard sur ces différents “marbres” décoratifs. Les références à l’architecture sont aussi présentes dans ses dessins à l’encre de Chine avec des aplats et des lavis, pour mettre en avant les ombres, où par le trait pour représenter des éléments architecturaux plus précis.

Le travail de Léa Bénétou s’apparente à un chantier ou à un dessin d’architecte : il donne à voir sa propre construction pour en mettre en valeur les lignes de force. Elle met à nu des structures, elle les recompose, elle en joue, tout simplement.

Jeux de brutes, exposition du 7 mars au 12 avril 2014.
Christine Benadretti.
Directrice de la Galerie des petits carreaux.


 

“Chez Léa Bénétou c’est le plaisir et la qualité du trait. Gourmandise de poser celui-ci par les différents moyens qui s’offrent à elle, du pinceau/encre aux différents adhésifs colorés. Ceux-ci constituant, ces derniers temps, le médium privilégié. Légèreté et simplicité, directement inspirées de l’espace urbain, reconstruisent un environnement où la dimension ludique de l’enfance n’est jamais loin.”
Abel Vyzenco



“Munis de leur seule structure, les habitats de Léa Bénétou s’apparentent à des cachettes transparentes, de fragiles abris édifiés pour s’isoler, afin de mieux comprendre le monde extérieur.”

Charlotte Vitaioli