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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB. 2009 - 2015

Joachim Monvoisin

MÀJ 26-10-2017

Décaler, partir dans le décor, tourner en dérision, jouer l’innocence, narguer les canons esthétiques, pousser les matériaux dans leurs derniers retranchements, jongler avec la culture pop, dérouter : le travail de Joachim Monvoisin épouse une logique fantasque, attentif aux évasions que permet l’art. De l’architecture à la physique quantique, du western aux blogs illuminati, l’œuvre embrasse le monde dans une étreinte oblique, échappant ainsi à la stricte dénotation — référentialité — pour entrer dans le registre de l'évocation spéculative. Voyage, voyage.

Eva Prouteau

 

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Même s’il travaille différents médiums depuis plusieurs années : le dessin, la vidéo, la peinture (…) la sculpture reste son principal vocabulaire. 

Flirtant avec  l’absurde, la naïveté et l’humour, son travail est emprunt d’influences de différents mouvements d’Avant-garde artistique - les dadaïstes-, ou littéraires - les pataphysiciens et l’Oulipo-. 


Joachim Monvoisin aime se promener entre les cultures dites populaires et les cultures dites savantes (...). Sautant allégrement d’une référence à la technique antique du stuc,  à la DeLorean de Retour vers le futur, l’artiste, tel un voyageur spatiotemporel de science-fiction, bondit  entre les différentes époques, techniques et références. Joachim Monvoisin fait partie de cette génération d’artistes, nourris de culture pop (la tv dans un premier temps, internet un peu plus tard) pour lesquels l’échelle des valeurs de la culture ne se dessine plus verticalement (le haut, le bas), mais de manière concentrique : ce qui a été reviendra, ce qui est disparaitra… avant de revenir. Dans la spirale infernale des cultures contemporaines, les enjeux se recoupent, se superposent. Et soudainement, apparait dans le matériau le plus noble qui puisse exister pour un sculpteur - le marbre - une part de pizza oubliée et desséchée au coin d’une table, ou bien une palette de transport, en granit sculpté.

Le vrai et le faux se côtoient dans une œuvre qui laisse au spectateur la latitude nécessaire pour  s’interroger  sur la véracité de sa perception. 
Souvent proche de l’enfance aussi, le travail de Joachim Monvoisin évoque parfois le rêve -ou le  cauchemar- d’un gamin démoniaque. C’est le cas avec Quand les dinosaures volaient encore, maquette à l’échelle 1 d’un dinosaure, inspirée des puzzles 3D de son enfance. Cette œuvre, non plus animal à l’échelle d’un jouet, mais jouet à l’échelle d’un animal est une énormité, aux deux sens du terme, comme tout droit sorti d’un Museum d’Histoire Naturelle déjanté. 

Alexandre Roccuzzo.

 

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Joachim aime se promener dans son enfance. Capable de pratiquer plusieurs médias, il passe du dessin à la vidéo, de la sculpture à la peinture selon la confiture. Sans avoir l’air, ses dessins voient loin. Quand un ballon jaillit dans la feuille, celui-ci représente aussi le monde, cette boule avec laquelle l’homme jongle.
Son autoportrait en sportif, genre gros bras, muscle d’abord le ridicule.
A la recherche d’humanité, ses animaux esquissent un sourire, jettent un regard familier, ou prennent une de nos postures. Ils implorent le rouleau compresseur, nous touchent plein cœur. Ses plantes au statut de meubles Ikéa s’ennuient ici-bas.
Malgré tout, entre la chèvre et le chou, toutes ces grimaces trouvent grâce.
Quand il saute de la miniature au grand format, la feuille de bois remplace celle de papier. Alors, il gare ses crayons, s’arme d’une scie sauteuse. Avec cet instrument hurlant comme une sirène, il fait remonter du fond des temps un dinosaure qu’il amarre à l’enfance, un jouet comme référence. Par un principe de puzzle 3D, l’animal atteint sa taille réelle.
Illusionniste à sa manière, Joachim truque savamment les cartes, avec des matériaux décalés il perturbe notre perception. Le réel perd ses repères nous faisant du même coup perdre les nôtres. La dérive mène ses préoccupations jusqu’au loufoque. Passé maître de l’absurde, il cogne sur des pas grands choses réveillant notre plaisir. Quand les petits riens font du foin, ça fait le plus grand bien. Cependant le tintamarre reste à l’écart, car chez lui la poésie s’invite et le rire se limite au sourire, signe de complicité.
Ses pièces sont plus bavardes, moins approximatives qu’il n’y paraît. Dans la vidéo, costumé en streaker, c’est à dire nu brandissant un feu de Bengale, il traverse le paysage sur une distance égale à la longueur d’un terrain de football. Ce type d’action perturbe ici un autre match, celui de l’homme contre le paysage. Les proportions de la palette en granit respectent aussi celles du modèle, mais celle-ci devra être manipulée avec le plus grand soin, son matériau, son poids la rendant extrêmement fragile, ce qui est le comble pour cet objet. Même les simples vibrations lors du transport peuvent être fatales. Toutes ses œuvres font histoires, elles ont un parcours de vie.
Avec Joachim, tomber dans l’enfance est signe de santé. Par ses pirouettes, il nous aère la tête. Youpi banga banco.

Jean-Yves Brélivet.