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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB. 2011 - 2015

Joachim Monvoisin

MÀJ 13-08-2018

Le jardin, 2016

Peinture à l'huile sur 16 dalles de terre cuite.
Vue d'exposition au Centre d'Art de Pontmain.

Sur un support brut de dalles de terre, cuites et assemblées en seize éléments d’une vaste composition, l’artiste déploie un paysage générique d’euphorbes candélabres, de désert américain, de montagnes pelées et de ciel bleu acier. C’est une représentation naïve, chargée de tous les poncifs du Far West, de tous les clichés produits dès l'invention du cinématographe en 1895, en filiation directe avec la littérature et la peinture prenant pour sujet l'Ouest américain, mais elle fait aussi écho aux multiples apparitions mystiques reliées à l’environnement du désert. Dans cette image de carte postale pleine de cactus anthropomorphes, projection de multiples références inconscientes, l’artiste met en scène le fantasme du voyage, comme s’il foulait mentalement la terre rouge du canyon : le morcellement de ce grand paysage, qui laisse très apparent le support de terre, les bords et les défauts de chaque plaque, permet aussi de se glisser dans un espace plus abstrait, et d’aborder le voyage des images, leur pouvoir stratigraphique. Entre refuge pour cowboys taiseux d’Hollywood, souvenir de cartoon ou décor désertique pour halluciner sous peyotl et éprouver la Vanité de toute chose, Joachim Monvoisin circule dans une grille de lectures polysémiques avec beaucoup de naturel, conjuguant regard analytique et veine humoristique. Intitulée Le Jardin, l’œuvre peut renvoyer par son titre aux propos de Michel Foucault, pour qui le jardin est parcelle et totalité du monde qui conjugue microcosme et macrocosme. “Le jardin, c’est, depuis le fond de l’Antiquité, une sorte d’hétérotopie heureuse et universalisante.1 Une hétérotopie, à l’image de l’œuvre de Joachim Monvoisin, qui déploie en une seule forme réelle plusieurs espaces imaginaires, parfois paradoxaux.

 Eva Prouteau.