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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB. 2011 - 2017

Zoé Maltot

En premier lieu, la pratique de Zoé Maltot peut se comprendre sous le terme de photographie plasticienne. Cependant, il serait plus judicieux de parler de prolongement, puisqu’il s’agit ici de confronter une pratique sculpturale aux mécanismes du photographique. 

C’est par la présence d’éléments communs à l’intérieur et en dehors de l’image qu’elle nous montre les effets des possibles aller-retour entre la réalité et sa représentation. Le genre du portrait, sujet apparent, se retrouve questionné dans ses limites au sein de l’œuvre. La représentation d’une figure, d’un modèle, permet au spectateur de se situer face à elle, il y trouve une présence humaine, un visage, une main, auquel se raccrocher. Cette invitation anthropomorphe n’est toutefois que le point de départ du dispositif.

Effectivement, il s’organise autour des images des formes sculpturales qui résonnent avec les photographies. Elles ont un rôle ambigu, car elles sont à la fois supports et constituants de l’œuvre. C’est dans cet interstice si particulier, celle des dispositifs traditionnels de présentation (cadre et socle), qu’un nouveau geste apparaît. Dans ces seuils, l’artiste interroge le statut des formes qu’elle créait, leur nature, décorative, artistique ou fonctionnelle. Ces œuvres hybrides sont la rencontre de la planéité photographique avec la tridimensionnalité sculpturale et se présentent ainsi comme des installations.

Par ailleurs, les caractéristiques des matériaux utilisés stimulent nos sens et enrichissent notre perception. Le toucher, le goût et l’odorat s’activent. Il est question d’accentuer le principe photographique en superposant une présence réelle, une odeur, une matière. Le discours se construit dans le prolongement sensoriel de l’effet d’illusion. On comprend que ce dispositif produit un sentiment d’incertitude et c’est dans notre relation à l’œuvre qu’émerge une nouvelle impression. Les éléments environnant soutiennent une notion toute singulière, celle de l’informe. Se situant entre fantasme et pure impression, souvenir et abstraction, elle nous guide dans notre expérience des œuvres. Cette notion sous-tend l’idée d’un état transitoire des formes. La matière est alors à envisager sous son élasticité et sa fluidité et nous renvoi à l’instabilité des temps passés et futurs. 

Zoé Maltot se joue de nos sensations, c’est grâce à l’installation qu’il nous est possible de comprendre la finalité de son travail. Il s’agit de ressentir la vie des formes ; la photographie produisant l’impression d’une image de l’aspect extérieur, apparent du monde et la sculpture permettant l’expression d’un sentiment intérieur, latent. Ces deux médiums finissent par se rencontrer dans l’œuvre, s’y entrelacent et permettent à la fiction d’investir l’espace de notre réalité.