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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB, 2013 - 2018

William Jones

Se promener, au hasard, dans les dédales des villes ou des champs, et traverser les histoires. En récupérer des bribes, réelles ou fantasmées, et les remettre en forme à l’atelier. Les espaces dans lesquels William Jones choisit de déambuler sont des intermédiaires, des lieux de passages et autres trappes vers un imaginaire qu’il aime titiller grâce à eux. Chantiers ou ruines, îlots de réaménagement urbains ou périurbains, l’artiste arpente ces lieux de suspension, où se tiennent ensemble un peu de ce qui a été et de ce qui sera bientôt, laissant, en attendant, libre cours à tous les travaux et scénarios qu’il se plaît à y imaginer.

Dans les morceaux de paysages et les vestiges de constructions abandonnées, il pose son attention, cueille des motifs, des photographies ou des objets, qu’il hybride et fond ensuite dans des dessins composites, des installations protéiformes ou des performances à plusieurs. Sa pratique tient du caprice, dans tous les sens du terme : qui relève d’intuitions et de coups de tête amenés par les pas et les rencontres insolites, et du genre éponyme développé à la Renaissance, où s’inventent sur le papier des architectures fantasmagoriques à partir d’éléments empruntés à un répertoire de formes usuelles.

Les environnements et les carnets de William Jones sont plein d’images de ce qui a cessé d’être utile ou habité, d’accessoires et de fragments, qu’il s’amuse à réincarner et recomposer. L’artiste est un passeur, qui les sauve de l’oubli en les emportant dans le monde de l’imaginaire, où la ruine trouve une seconde vie. Ses installations tiennent de l’archive autant que du décor de théâtre. En elles se réactivent les histoires passées et s’inventent celles à venir, par le texte ou le jeu, mais encore par les trames répétées à l’infini et grâce auxquelles il donne un ancrage solide à ce qui aura bientôt disparu. Se promener pour explorer et rallonger le temps, se l’approprier, et trouver de nouvelles pistes aux récits qu’il fait défiler le long de la route.

Texte écrit par Horya Makhlouf à l'invitation de Documents d'Artistes Bretagne pour BASE, 22.01.2022.