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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB, 2013 - 2018

Sylvain Le Corre

MÀJ 11-06-2020

« Car comme le dit fraîchement Sylvain Le Corre, contre toute évidence à l’échelle de l’histoire humaine, il se pourrait finalement que «la mort n’existe pas». Leçon remontée des jardins Zen, qui ont tôt su prendre la mesure des hétérogénéités temporelles : le temps des hommes ne saurait en effet se comparer à celui, tellurique de la montagne, fluide de l’eau, ou même aérien d’un champignon. Si les genres du vivant peuvent s’éteindre, le temps qui les transporte ne connait pas l’urgence. Leçon retenue par les aquarelles de Le Corre, qui observent aux frontières des enracinements, des pourrissements, des hybridations, l’inventivité des mutations du vivant qui pourrait bien, peut-être, ne pas s’inquiéter de son extinction.»
Stéphanie Katz

Extrait de «Au risque du Floral», texte de Stéphanie Katz pour le catalogue d’exposition Flora Maxima, édition du Domaine de Kerguéhennec. Juin 2019

 

Il faudra peut-être un temps d’acclimatation. Se sortir des schémas de l’art spectaculaire, des grands formats, des images évidentes. Il faudrait faire le chemin avec lui. Se poser sur son épaule comme un rouge-gorge attentif, et le regarder faire. Le suivre dans ses promenades. Voleter dans la direction de son regard, se poser sur ce qu’il voit et observer à son tour. Ressentir. Modéliser en esprit les connexions qui s’opèrent entre son imaginaire, son cerveau et ce qui est là, sous nos yeux mais que lui seul voit et transforme ensuite. « Je regarde tout le temps la nature. J’ai appris à voir des formes, des états de transition des végétaux et des animaux. Tout m’intrigue, tout me questionne. J’essaye de comprendre pourquoi ça me touche autant, par des correspondances, des connexions de formes et de couleurs ». Rien d’une pose dans son discours, rien de conceptuel : dans ce que produit Le Corre, l’intensité de son rapport à la nature palpite à l’unisson du nôtre, et se reproduit graphiquement, aisément lisible, sans besoin de cartel ni de médiation. Pour accéder à une lecture empathique de la nature, il lui faut trouver dans son propre corps des échos des systèmes végétaux, entre racines, branches, veines, poumons, peau… Ces formes – un os de souris, des ramifications, des branchages – deviennent des images en lui – dans une phase aux frontières de la méditation – et se transforment alors dans un dessin qui « associe le sens et le rêve ». Un paysage mental, imaginaire mais relié à la réalité, nourri de ressenti et d’émotions, de ce temps passé à « capter le paysage, entre l’observation scientifique et le regard d’enfant ». Ses installations tiennent un peu du cabinet de curiosités, avec des vitrines inspirées de celles des muséums d’histoire naturelle. À l’intérieur, des planches de botanique recensent formes, plantes, systèmes, ceux-là mêmes qui se retrouvent dans les encres de ses paysages imaginaires, échelles changées, associées, transposées, hybridées par cet apprenti botaniste à la Mary Shelley. Pas de dessin préparatoire, mais ses dessins d’étude, qui l’aident à comprendre, ont formé un vocabulaire, dans lequel il pioche pour parler de son rapport à la nature, à la mort aussi, la décomposition, mais sans morbidité. Juste une étape. Dans ses installations, des animaux, sculptés, moulés, naturalisés – il a appris à le faire dans les règles de l’art – « j’ai toujours une boîte, un sac, ou sinon mes poches, pour ramasser des choses ».


Isabelle Nivet, 2017

 


«La fascination de Sylvain Le Corre pour les milieux naturels l’entraîne à explorer des fragments de territoires, hors des sentiers battus. Il observe, note, enregistre, photographie les détails insolites, les curiosités naturelles, les anomalies du monde animal, végétal, minéral, pour ensuite recréer à l’atelier, à travers le dessin, l’aquarelle, le volume, ses cabinets de curiosités, ses mondes fantasmés. Chaque prélèvement dans la nature est prétexte à créer un nouveaux language. Avec son propre vocabulaire, il compose un monde dans lequel toute création serait en état de transition. Tout est vie, tout est échange et transformation entre les rochers, les arbres, les insectes. Les moments de méditations, de rêveries de l’artiste passés à contempler le moiré des carapaces des insectes, la transparence des feuillages, les veines du minéral nous invitent à un lâcher prise de notre quotidien, à se reposer un moment et à se laisser porter et entrainer dans un monde imaginaire, porteur d’altérité, tout en harmonie et quiétude, un monde de rêves sans limites.»


Marie Thamin, Mt-Galerie 12/2016