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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB. 2011 - 2015

Simon Hervé

"L'agonie du jour" retrace la vision de deux hommes. Leur habitat est devenu dogme, leur environnement est devenu symbole, leur culture est devenue un quotidien. Ils sont ainsi devenus une histoire. L'ensemble opère grâce à une médiation narrative. L'histoire est falsifiée pour mieux mettre au jour ses événements oubliés, des fausses peurs millénaristes aux inclassables Adamites.

L'Environnement, 2014

9 Photographie numérique sur dibond. 20 x 30 x cm

L'Habitat, 2014

Bois mort, fougères, humus, ficelle, peau de renard, crâne de sanglier, corne de mouton, plantes en plastiques, carton, matériel de randonnée. 190 x 250 x 170 cm

L'Habitat est une reconstitution d'un bivouac en forêt du Gâvre. L'aspect extérieur rappelle les scénographies de musées préhistoriques, confinant à l'absurde et faisant cohabiter les matières organiques et synthétiques. L'intérieur présente un aspect urbain, isolé en carton, et garnis de mon matériel de randonné. Deux narrations sont proposées, ces récits interchangeables créent une friction entre l'expérience et l'histoire, l'intérieur et l’extérieur, l'humour et le sérieux utopique.

La poêle et le mat, 2014

Acrylique sur crêpière en fonte. 28 x 28 x cm
Reproduction du vagabond de Jérôme Bosch

L'écrit, 2014

Gouache murale, Apocalypse profane composée à partir de fragments de chant en ancien breton

Les Salamandres, 2014

Vidéogramme

Extrait d'une vidéo et affiche de l'exposition L"Agonie du jour". A la lumière d'une frontale, deux salamandres tentent de se reproduire maladroitement. La vidéo est une boucle continue, le son, spatialisé dans toute l'exposition est celui du bruit du soleil. Deux symboles médiévaux du feu qui vont à leurs pertes.Analogie entre la vie des protagonistes fictifs et des symboles historiques qu'ils véhiculent.

VISIONS DE TANGUY LOUERNNOEZH, LE DERNIER ADAMITE

 

Tanguy Louernnoezh nait à Blain vers 1469, fils aîné d'une famille aisée, il se consacre à la peinture. Il est remarqué pour sa participation à la réalisation de la danse macabre de Kermaria an Iskuit (située entre 1488 et 1501). Son apprentissage le fait voyager jusqu'en Flandre ou il finira son alphabétisation et découvre les travaux de Hieronymus Bosch.

 

Ses travaux réalisé à Bois le Duc, lui permette de rencontrer des frères du Libre Esprit. Influencé par les ouvrages de Jean Scot Erigène et Marguerite Porète, le Libre-Esprit désigne la pauvreté intellectuelle, l'esprit vide afin de recevoir Dieu. En Flandre le mouvement est lié aux Adamites, qui tentent de vivre comme Adam avant sa chute. Ses adeptes refuse le mariage, le travail et vivaient nus dès que possible. Les nouvelles fréquentations de Tanguy sont une menace pour l'église, et sont bientôt persécutés par l'inquisition.

 

Notre homme quitte alors la région, devenue trop dangereuse, pour tenter de répandre le mouvement en terres Bretonnes. Sur place il se heurte à l'obscurantisme local, ses paroles sont considérées comme un poison, sa volonté de proposer le paradis avant la mort est la beauté du diable. L'analogie est faite, Tanguy et bientôt surnommé la Salamandre. Il fuit alors ses semblables et se réfugie dans les bois tentant de se recréer un Eden autarcique. La dernière trace de son vivant est une peinture ( d'après mémoire d'un tableau de Bosch ) découverte sur une ancienne crépière et restaurée cette année.

 

« l'homme doit être aussi heureux ici-bas qu'il sera un jour dans le ciel »

Tommaso Campanella, La Cité du Soleil, 1568.

 

VISIONS DE GARLONN HOIEARNVIU, LE PREMIER MILLENARISTE

 

Garlonn Hoiearnviu, pour ce qu'on en sait, naquis dans le Trégor entre 960 et 968. Fils de laboureur, il rompu avec ses aînés pour devenir batelier puis cocher. Son travail le conduira ainsi sur les berges de la Loire, jusqu’au delà d'Orléans, à Saint Benoît sur Loire. Il y rencontre Abbon de Fleury, l'abbé de Fleury, qu'il sera chargé d'accompagner au concile Saint-Basle de Verzy en 991.

 

Lors du voyage, Abbon évoque la prophétie de Jean sur le retour de Satan après milles ans du règne de Jésus. Il explique que des prêtres parisiens y voient l'annonce de la proche fin du monde, mais que, depuis le Veme siècle, Saint Augustin et l'église dénonce les conceptions littérale du millénium. Garlonn n'a guère confiance en l'abbé et se remémore les terrifiantes représentations de, il prend peu à peu peur de ses semblables, croyant que ceux ci, sous la menace de l'apocalypse et hors du contrôle de l'église, agiraient dans le chaos le plus total.

 

C'est ainsi qu'il se retire dans les forêts Bretonnes, oubliant que personne, hormis l'élite ecclésiastique, n'était en mesure de calculer l'année en cour. Il vécu ainsi la peur de l'an mil durant quatre années entre 994 et 998, date à laquelle fut déterminé sa mort. Ses seuls contacts avec extérieurs furent ses liens avec les charbonniers, qu'ils tentent de prévenir. Ses allusions incessante au feu de l'apocalypse et ses prêches sur le devoir de quiétude lui valent le surnom de la Salamandre.

 

« [...] Quant aux salamandres, habitants enflammés de la région du feu, ils servent aux philosophes ; mais ils ne recherchent pas avec empressement leur compagnie ; et leurs filles et femmes se font voir rarement »

                                     Abbé Nicolas Pierre Henri de Montfaucon de Villars, Le comte de Gabalis ou entretiens sur les sciences occultes, 1670.