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Un projet mené par Documents d'Artistes Bretagne & l'École Européenne Supérieure d'Art de Bretagne, Brest - Lorient - Quimper - Rennes.

Documentation
d'artistes diplômés de l'EESAB.
2009 - 2014

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Simon Augade

MÀJ 21-10-2016

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La Marche de l'Histoire, 2015

Bois, clous, 360 x 850 x 400 cm, 10 tonnes.

Texte present dans le catalogue Hospitalités, Site Abbatial de Saint-Maurice, Clohars-Carnoët, collection Créations et Patrimoines (n°4), Édition ACTE, UMR-CNRS, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

La Marche de l’Histoire.

Entre le béton et l’arbre,

Entre l’Histoire de l’Homme et celle de la Nature,

Entre le sol et une prise de hauteur,

Entre le figé et le vivant,

Entre le minéral et l’organique,

Entre le transformer et le brut,

La Marche de l’histoire prend sa place.

C’est alors un bloc imposant qui vient occuper cet espace et combler ce creux entre les deux éléments opposés, se faisant front et pourtant en dialogue. Confrontation d’une masse compacte de bois transformée et d’un déploiement dans l’espace de la matière à l’état brut, encore vivante.

Intercalés entre le chant des oiseaux et le bruit des feuillages, les coups de marteau ont résonné, perturbant, un temps, ce lieu paisible. A l’image de l’Homme qui s’impose dans son environnement sans se soucier du voisinage...

Un corps à corps est engagé se frottant à la porosité de la frontière du performé. Un labeur long et vain, où l’homme s’use à avancer péniblement, dans l’effort, pour finalement se prendre l’arbre de face... Sans même le dépasser.

L’image d’un homme qui paradoxalement tape sur ce qu’il construit.

Ainsi l’enchevêtrement par strates successives faisant disparaître la précédente couche vient former un amas, un monticule liant le chaos et le construit, l’organiser et l’irrégulier où les planches et les angles saillants dépassent comme pour nous rappeler l’accroc de la vie dans une société qui tend à lisser de plus en plus son appréhension du monde.

Cet embryon d’escalier en béton qui fait « tâche » par son histoire et sa matière, paradoxalement incite à l’idée d’ascension quand on connaît l’obscurantisme des idéaux qui ont animé ces hommes qui l’ont construit... Ascension qui commencera donc en piétinant ce pan de l’histoire pour le laisser dès la troisième marche derrière nous.

Nous avançons donc, mais sur quoi ? Ces sédiments de notre civilisation actuelle qui jette ce bois, domestiqué à grand coups de colles nocives. Matériaux composites recouverts d’une surface lisse permettant d’enlever la tache d’un coup d’éponge et de cacher la nature néfaste de cette matière transformée, à l’image de la société qui l’a « élaborée ». Ces bribes ayant un temps occupées l’espace intérieur de nos habitations, l’ayant organisées, orientées, hiérarchisées, standardisées, mises au rebut, se retrouvent là, réinvesties dans une construction extérieure impénétrable liant l’objet bâti et son essence originelle.

Les temps se mélangent alors en ce présent où pas à pas nous prenons de la hauteur. Nous marchons alors sur notre histoire, piétinant notre passé pour tenter d’avancer, de voir plus haut, plus loin en évitant la chute en cours de route. Mais pour aller où ? Partagé entre la vue de l’horizon qui devrait guider notre direction et l’attention où nous posons les pieds, marche après marche.

 « Et puis alors ? Tout ça pourquoi ? ça s’arrête déjà, qu’est ce qu’on fait là ? Qu’est ce qui nous a poussé jusque là ? »

On se retourne pour voir si quelqu’un nous regarde, voir de là où on est parti, d’où on vient, apprécier le chemin parcouru... ?

« Ah si voilà... la biodiversité ! Bah oui mais où, comment ? »

« Tout autour de toi ! La biodiversité... Tu es dedans... au coeur de cet arbre, tu as le nez collé dessus, regarde...  elle t’as même agrippée, tu es griffé... juste là. »

Le spectateur est alors mis sur un piédestal, au sommet de la construction... pourtant plus bas que la cime de cet arbre...

 

http://multi-prises.fr/post/2015/05/27/Hospitalit%C3%A9s%2C-Exposition-Art-et-Biodiversit%C3%A9

 http://multi-prises.fr/post/2015/07/07/Hospitalit%C3%A9s-retours-d-exposition

  • Dessin préparatoire, 13,5*21,7 cm, 2015.