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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB. 2011 - 2015

Sandrine Le Maguer

MÀJ 12-12-2017

L'heure est à la guerre dite chirurgicale. Que peut-il subsister d'autre à notre attention de l'impersonnalité des corps réduits à des statistiques que des images aussi vides que «parlantes» ?

Des traces se signalent à nous comme vestiges, monuments, un ça s'est passé qui retient notre regard et soutient pour nous l'histoire. Sandrine Le Maguer travaille au corps le sujet de la représentation de la guerre, procédant à des relevés de celles-ci. Ainsi déchues de leur statut documentaire, séparées du support où elles s'inscrivaient, Sandrine Le Maguer fait exister ces traces telles des images en creux, un matériau plastique, matière à penser. Penser ce qui peut donner une singularité neuve, qui retient ce qui peut donner lieu à une scène autre, en finissant de laisser tomber ce qui reste, le signe indiciel d'un ça s'est passé inaccessible.

Il s'agit, par ce changement de scène, de charger d'une nouvelle pesanteur la trace. Le support n'est pas ce sur quoi la trace vient s'inscrire, il ne porte en fait la trace que de sa propre présence. Une présence fragile qui semble se dérober à notre regard mais qui néanmoins persiste, en ce qu'elle joue de son procès de monstration. La délicatesse et la légèreté feinte de l’œuvre révèlent une gravité qui exige notre attention de s'attarder, de mettre en suspens ce qui semble faire figure de référence directe à des signifiants guerriers.

Il n'y a pas ici d'information, mais de l'informe, du dilué, de l'hybride, du microscopique et des plis,...À la guerre chirurgicale répond un traitement chirurgical de ses représentations. La cible n'est pas toute trouvée, il nous faut changer de point de vue à l'abord de l’œuvre de Sandrine Le Maguer pour cerner ce qui y prend consistance. Il n'y a pas là le poids du monument chargé pour nous de mémoire, mais celui d'une œuvre dont la fragilité permet – en même temps qu'elle exige – au souvenir de s'accrocher, et au regard de faire le deuil d'une image absente.

Jonathan Vandenheuvel

10/01/2016