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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB, 2013 - 2018

Pauline Castra

MÀJ 17-01-2022

Engagée essentiellement dans une pratique sculpturale, je convoque des objets souvent délaissés, usés par le temps.

Ils  se révèlent à moi comme autant de symboles d’une activité passée.

Ils témoignent d’une histoire qui se matérialise au quotidien.

Recherchées par l’archéologue, convoitées par l’historien, ces formes deviennent objets de désir.

Au travers de cette archéologie de tous les jours, je me fais l’observatrice d’une histoire à manipuler physiquement.

Dès lors, comment ces formes qui nous échappent ?

Par un acte de réparation, je réanime ces corps. Je leur redonne place et présence. Au travers de gestes simples, je tends à conserver, fixer ces trouvailles dans l’espace d’exposition.

Sacralisant le pauvre et le banal, l’installation est pensée comme un outils muséographique, et l’espace d’exposition devient un terrain de recherche pour en détourner ces codes. Du présentoir qui exhausse une forme et l’élève, au verre qui préserve, protège met à distance ; ces installations deviennent des écrins pour acceuillir des formes en perdition.

Animée par une urgence de faire, je crée des assemblages sculpturaux, véritables collages formels.

Ainsi, je magnifie la fragilité propre à l’état de ces rebuts glanés.

Remis en scène, ils semblent se figer pour un temps dans cette situation précaire où équilibre et instabilité se confrontent.

 

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Texte écrit par Aude Nogues (directrice artistique du Second Jeudi),                                                                                           au sujet de Tout le monde se repose ici sauf moi, Mai 2019

Quand Pauline Castra nous a fait une proposition pour un Second Jeudi, Face BBBBBB, j’ai aimé le mélange de précision et d’esprit aventureux. Le titre renvoyait à la face qu’on n’attend pas, à la rayure bien franche, le micro-sillon qui s’entête ; l’installation était comme un éclat, une sculpture explosée, en suspend. Ça s’est construit au moment, de l’ordre du jeu et de la maîtrise.

Tout le monde se repose sauf moi évoque à nouveau un moment, un suspend.

Le titre est emprunté à Voyage en Italie, fillm de Rosselini. L’héroine incarnée par Ingrid Bergman visite le célèbre musée archéologique de Naples accompagné d’un guide, plutôt bonhomme, quand elle s’arrête devant le gigantesque Hercule, copie en marbre inspirée d’un original grec, du IVème siècle av. JC. La sculpture représente le héros fatigué après l’accomplissement de ses travaux.

Le plan est tourné derrière l’épaule du colosse, en plongée sur les protagonistes - le guide, tout petit, réplique :

— Tout le monde se repose ici sauf moi.

Ici, à la Galerie du Second étage de l’école d’art, Pauline Castra a déployé une sélection de moulages issue de la collection de l’école : des statues que l’on reconnait vaguement, des postures modélisées à la haute antiquité, là le sourire léger d’un moine gothique, le pathos exubérant d’un corps entravé, à des échelles différentes - d’un demi-homme à un homme et demi. Destinées à l’étude, elles furent réunies en son temps par le peintre et directeur de l’école, Achille Zo*. Fragmentaires - il manque souvent un membre, une tête, quand il n’y a pas juste un pied, une tête.

Elles sont ces corps lointains, descendus des temples et des églises, légitimés par l’usure, la casse et reproduits à l’identique, cassées encore, entretenues comme on a pu. Alors qu’elles font d’ordinaire un rang d’honneur un peu désuet dans les couloirs de l’école, elles sont remises au centre, sous les regards au sens propre : avoir des égards pour, leur poser un plâtre, à ces plâtres.                         L’artiste les panse avec des signes, des formes minimales neutres comme un archéologue schématise les pièces manquantes.

Le dispositif est simple, des sangles, des panneaux transparents sur lesquels viennent se placer juste au bon endroit, pour peu que l’on s’y trouve, au bon endroit, des gommettes XXL : dessiner un bonhomme / lui faire face, cadrer, feuilleter l’espace pour définir le plan du tableau, la feuille blanche, sur laquelle tout s’aligne parfaitement. La leçon prend un tour suprématiste, les figures, les membres manquants, sont simplifiées à l’extrême, hiératiques, frontaux, des faces ou des surfaces planes, qui obliquent vers leur point de fuite quand on se déplace.

L’appropriation est désinvolte. Elle a sans doute à voir avec l’échelle première du geste initié au Second jeudi, sur un bibelot sans tête.

« Un détail de l’installation reposait sur un geste simple. Sorte de trompe l’oeil, j’avais apposé une gommette sur une plaque de verre. Positionnée dans la perspective d’une pacotille acéphale, il y avait la sensation, dans cet alignement, d’un corps partiellement reconstitué. Au travers de cette restauration bricolée, mon geste visait à réparer aussi bien que révéler les manques laissés par le temps. »

Œuvre en cours d’installation - le dispositif est autonome, transparent                                                                                                                     - bascule, cale, socle précaire, tout sert à tout, pour un peu, on vous demanderait de maintenir du pied ce plâtre en équilibre instable. 

 

— Tout le monde se repose ici sauf moi, dit l’artiste, le modèle, le visiteur **.