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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB. 2011 - 2016

Mathis Berchery

MÀJ 12-12-2019

"Et il n'y a presque pas d'espace ici ; et tu te calmes presque à la pensée qu'il est impossible que quelque chose de trop grand puisse se tenir dans cette étroitesse." 

Rainer Maria RILKE, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, 1910

 

En produisant des installations, je cherche d’une part à déstabiliser la logique « naturelle » ou naturalisée d’un contexte, à produire une rupture poétique entre ce que le spectateur peut s’attendre à voir, à éprouver corporellement en un lieu, et ce que l’œuvre convoque comme imaginaire. D’autre part, je cherche à mettre l’image dans une situation de vie, de mouvement, de participation à une scène du réel, voire à le personnifier. 

Un motif récurrent de mon travail de peintre est celui du voile. Jamais représenté, il et toutefois l’être propre de la toile à peindre qui, non plus tendue sur châssis et plaquée au mur, devient un volume flottant, quasiment vivant lorsque l’air l’anime.
Et dès lors cette surface que j’utilise pour isoler des éléments figuratifs, pour les dissocier du reste, du tout, et les présenter dans un vide, elle devient ce voile que l’on aimerait soulever, renvoyant à l’apocalypse, ce moment de levée du voile, de révélation (de la fin des temps) ; elle devient un écran dans lequel manque le paysage ou le décor, mais où le réel environnant peut se coller.
Qu’y a-t-il derrière l’image ? 

Je m’intéresse à la manière dont une oeuvre, un geste artistique peuvent fabriquer ou transformer un lieu, un contexte particulier. La philosophie, celles de Gaston Bachelard, Felix Ravaisson ou Tristan Garcia en particulier, et l’anthropologie, notamment à travers Philippe Descola et Tim Ingold, animent considérablement ma pratique parce que ces domaines d’études sont propices a des reconsidérations des logiques de vie, des modes de communication, d’habitation et de représentation, des habitudes quotidiennes, esthétiques et sociales.
A partir de situations communes et de formes tirées de l’ordinaire j’étudie notre rapport au temps, à son emploi, son organisation, sa consommation, l’écart du travail au loisir, du réel aux contre-fictions (Yves Citton, Mythocratie, 2010). Les notions d’attente, de vide, de silence, de disparition, de rêverie traversent les formes que j’invente.
Les oeuvres que je propose sont des formes d’énigmes dont le manque, le vide ou l’impossibilité invitent le spectateur à faire des liens de lui-même, plonger dans les images, projeter un corps absent ou son propre corps dans la scène représentée. À ce dernier endroit, mes pratiques littéraire et visuelle se rejoignent et se mêlent parfois.