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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB. 2011 - 2015

Marine Penhouet

MÀJ 20-11-2017

Détail de l'installation, Entre deux, rehaut sur tirage argentique (9x12,5cm) et impression laser, juin 2018


Marine Penhouet (Lorient, 1989) est une artiste multiple. Fondatrice de la maison d’édition Hypnotisme, co-fondatrice de l’artist-run space bruxellois Le Kabinet et active dans différents collectifs, sa pratique s’étend de la gravure au dessin en passant par la photographie.

Marine ne produit pas des images, elle les (dé)construit. Les sources sont puisées dans un ensemble de références intemporelles qui construisent les sociétés : les mythes contemporains que l’on retrouve dans la culture du Fanzine ou dans un imaginaire fantasmagorique, aussi bien que l’archéologie classique et les reproductions d’un musée imaginaire1. Pour autant, la création ne peut être qu’objective. Il y a des sources intuitives et des sujets qui se présentent à l’artiste de manière évidente. La récurrence de certains symboles fait référence à l’expérience personnelle de l’artiste, à l’exotisme architectural des villes occidentales autant qu’à la pop culture des années 1980-90.

La superposition entre ces différentes interprétations s’applique sur plusieurs dimensions graphiques. Marine crée des trompe-l’œil dans lequel le regardeur recompose une narration visuelle. Il y a cet effet de superposition de matières, collées ou simplement déposées par un post-it, associé à des impressions picturales. Ce sont des mirages qui oscillent entre imitation et déformation d’une empreinte.

Cette dernière notion est inhérente à l’œuvre de l’artiste qui côtoie l’image imprimée, lithographie ou gravure, depuis ses débuts. Cependant, la dimension plate du papier n’impose pas de cadre strict à la composition, ni même le poids d’une certaine tradition cloisonnée. Le prolifique travail d’édition permet de jouer avec les échelles, genres et statut des œuvres. À partir de cela, Marine s’est posé la question du passage de l’œuvre reproductible à l’œuvre originale, et inversement. L’étape du photocopieur dans le processus participe à raconter l’image, tout en perturbant les interventions sur papier (en peinture comme en photographie). En effet, l’impression laser permet de fouiller pour ensuite modeler la matière (collage, papier peint, installation, édition...). Il s’agit autant d’un exercice de recherche graphique qu’un outil de production.

De même, la question de la reproductibilité alimente la vision réflective et méthodique autour des médiums artistiques. Chaque projet amène à repenser la démarche, à chercher plus loin que l’acquis théorique. Ce sont autant de moyens d’expérimenter et parfois de s’adonner aux possibilités du hasard, les mains dans le nitrate ou dans le béton. La narration se construit dans le but de contredire toute facilité technique et de déconstruire plastiquement l’image.

Au détour de rencontres ou de nouveaux projets, « rien n’est acquis et un certain empirisme cognitif permet de former sa propre critique »2. C’est ce qui ressort lorsqu’on pénètre dans l’atelier de Marine. L’œuvre graphique inspire installations et dioramas dont témoignent les murs de l’atelier mais aussi la chronologie des expositions personnelles ou collectives. Dans cet espace intime, la réflexion est posée par un rituel de travail, et les œuvres sont toujours susceptibles d’être modifiées lorsqu’elles sont épinglées aux murs, parfois pendant plusieurs années. On y retrouve les influences qui jalonnent la pratique de Marine et constituent la collection d’images accumulées au fil du temps. Ici, une reproduction de Dürer punaisée au mur, le 45 tours Boy’s don’t cry de The Cure accroché parmi des dessins; là des photocopies de Cotàn ou de Chirico; plus loin, ouverts sur la table des ouvrages d’iconographie antique. Autant de références qui illustrent les recherches d’iconologie3 et les approches archéologiques créant des entre-deux4 dans lesquels Marine engage généreusement une réflexion plastique.

1 Voir Malraux, Le Musée imaginaire, Folio essais, 1996, Paris

2 Entretien avec Marine, 16 avril 2018

3 L’iconologie est une discipline qui s’interroge sur les conditions de production des images et le message qu’elles véhiculent selon la société et le temps dans lesquels elles évoluent (voir Aby Warburg).

4 Michel Onfray, Théorie du voyage : Poétique de la géographie, Biblio essais, 2007

Patricia Couvet

 



〰️ Voyage dans le temps 〰️

Comment les images qui traversent le temps viennent percuter notre présent ?
Entre rencontre fortuite et mise en scène mon travail témoigne d’un étant donné élastique où le temps n’a pas de limite. Une tentative alchimique d'approcher le mythe du trou de ver. Un raccourci spatio-temporel pour laisser passer les fantômes, qu’ils soient surnaturels ou bien coincés à la surface d'une matrice.
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