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Un projet mené par Documents d'Artistes Bretagne & l'École Européenne Supérieure d'Art de Bretagne, Brest - Lorient - Quimper - Rennes.

Documentation
d'artistes diplômés de l'EESAB.
2009 - 2014

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Klervi Bourseul

MÀJ 27-10-2016

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  • médiums
    • peinture
    • édition, impression

Saisi par la brutalité sourde des oeuvres de Klervi Bourseul on peut, choqué, se sentir agressé ou gêné par un spectacle impudique et se demander si le geste de l'artiste n'a pas dépassé sa pensée.
C'est bien de cela qu'il s'agit.
"(Ma) peinture est un exercice de révélation", Klervi en est, comme nous, le témoin stupéfait. Sans aborder l'interprétation des images qui surgissent de cet engagement du corps de l'artiste dans l'accomplissement de la toile, il est évident que le geste est un artisan essentiel de cette réalisation. C'est par lui que s'évade l'image prisonnière.
Le phénomène ne peut se produire sous la contrainte d'un projet trop planifié. Une fois la charge sensible accumulée en lui pour accéder au moment de l'expression, le peintre sait qu'il doit renoncer en partie au contrôle exercé sur le geste.
Sa responsabilité d'artiste tient dans l'autre partie : celle ou il intervient pour mettre en oeuvre un accès au périmètre concédé à l'inconscient.
Entre les dessins sous mescaline d'Henry Michaux, sortes de sismographes de l'activité psychique, et une sérigraphie d'Andy Warhol vierge de tout contact physique de l'artiste avec son oeuvre, s'ouvre grand l'espace offert au geste du peintre.

Yvain Bornibus, Directeur artistique de l'Arts à la pointe, 2013


Les encres et gravures de Klervi Bourseul évoquent un univers hybride entre l’homme et l’animal, entre le rêve et le cauchemar.
A travers des silhouettes fantomatiques, l’utilisation de la transparence associée à des touches de peinture épaisses, se crée un dialogue entre l’effrayant et le séduisant. L’artiste provoque des renversements, opposent des éléments, crée des couples improbables.
Les thématiques, centrées autour du vivant : la figure animale, la figure humaine et le végétal véhiculent avec elles leurs symboliques. Ces éléments, une fois couchés sur le papier se métamorphosent encore pour révéler un autre monde. Le geste de peindre, graver ou dessiner cherchant sans cesse à exprimer l’inconscient.
On peut discerner ici un oiseau, un insecte, ou encore une silhouette humaine. Ces éléments figuratifs ne sont pourtant pas là pour nous narrer une histoire mais plutôt pour évoquer chez le spectateur, à travers leur croisement, la part d’ombre, de doute et de questionnement inhérents à notre existence, manière d’évoquer la vanité humaine comme le faisaient les peintres flamands au 17ème siècle.
Les réalisations de Klervi Bourseul sont instinctives, sans croquis préalable, mais dans un rapport étroit du corps, du geste avec la matière qu’elle travaille. L’élaboration de son oeuvre se fait par collage, composition et recomposition, dans le plaisir de peindre, de graver, de jouer avec le hasard, à la manière des dadaïstes et de l’écriture automatique.

Nathalie Petit, directrice artistique de l’événement Cycle Art Contemporain Tregunc, 2016


Devenir Animal

Il y a dans les travaux de Klervi Bourseul ce devenir-animal cher à Gilles Deleuze dans ses « Mille Plateaux ». Cette intensité, qui sur la toile, prend une dimension inattendue, proche de la métamorphose où les contraires s’unissent. Carl Jung rapporte que l’animal joue un rôle particulièrement important dans les rêves et s’invite dans nos songes. Ils transcendent, ouvrent des espaces troublants, créent une correspondance de rapports profonds avec l’élémentaire. Ce lieu de l’invisible que Klervi Bourseul approfondit dans chacune de ses œuvres. Ce travail n’est que l’expression de ce qui anime l’esprit de l’artiste lorsqu’elle fait surgir ces formes dans leurs nudités primordiales, leurs étrangetés métaphoriques laissant le champ onirique ouvert à ce perpétuel mouvement. Ces geysers de figures nous interrogent sur ce devenir d’une animalité refoulée. On retrouve dans cette œuvre ce que les chamans amérindiens appellent le « grand tout » et que notre modernité sépare et cloisonne jusqu’à en réfuter l’existence.

Bruno Geneste, écrivain et poète, 2013

 

De mes travaux surgissent, des scènes inquiétantes, des oiseaux étranges rencontrent des lapins bizarres venus d’ailleurs, des arbres émergeant d’une mer mazoutée reflètent un climat fragile. Les êtres vivants et la nature ne forment plus qu’un et font naître une alchimie de formes. Ces croisements d’éléments, ces créatures anthropomorphiques sont les résultats d’un processus d’hybridation. Ici les éléments sont le reflet d’un monde précaire, un monde en flottaison, c’est une description d’une existence où tout est mystère, tout est questionnement. Ce sont des paysages en mutation construis à partir d’éléments du quotidien, de rêves et de souvenirs. Parfois ces rencontres sont fortuites, mais quelques fois elles sont provoquées artificiellement par plusieurs éléments, à l’image du photomontage « Le rossignol chinois » de Max Ernst. Des masques et des espèces hybrides se côtoient, formant des images cauchemardesques, faisant naître une narration remplie de sens et de non sens. Il n’y a plus de normes, se sont des apparitions énigmatiques au coeur d’une vision onirique.

Klervi Bourseul, 2012