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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB. 2011 - 2017

Jérémy Boulc'h

Vues du DNSEP, EESAB, Brest, 2016
Photos : Ollier Nicolas

Exposition Start Up, Les Abords, Brest, 2017
Crédit photo : Lecrosnier Ronan

Tischtennis.FR, 2016

Fragments d'armoire, suspension, cyporex, chaises, rouleau de scotch, video-projecteur, lecteur dvd, extrait du lm «71 fragments d'une chronologie du hasard» de Michael Hanneke,
dImensions variables

Dans cette installation il sera question de la notion d’incommunicabilité. Notion qu’explore le réalisateur allemand Michael Haneke dans sa trilogie rassemblant Benny’s video, Le septième continent et 71 fragments d’une chronologie du hasard. De ce dernier j’ai sélection- né l’extrait que je projette dans cette installation. Ce lm qui traite de la vie de plusieurs personnes converge vers le fait divers qui nous intéresse ici et qui a réellement eu lieu en Allemagne dans les années 90. Le jeune homme qui s’entraîne au ping-pong ici est l’acteur qui joue le rôle de Max, l’allemand âgé d’à peine 19 ans, jeune adulte alors sans histoire et issue d’un milieu favorisé, mais, qui un jour, de retour de sa salle de sport, s’introduit dans une banque, armé, tire sur les clients, en tue trois puis se donne la mort. Alors que le pays est sous le choc, de nombreux psychologues tentent de trouver à Max des antécédents violents et le présentent comme étant depuis longtemps instable, dans le but de rassurer la population. Il semblerait en fait que le mal-être du jeune homme , qui s’est manifesté subitement ici par cet excès de violence, trouverait en réalité son explication dans l’histoire de la télévision. À ses origines dans les années vingt, la télévision jeunement inventée, avait pour objectif de compléter l’avancée proposée par le téléphone et les technologies de communications. Ce nouvel écran devait permettre à ses utilisateurs de se voir en plus de s’entendre, et cela en direct. Malheureusement cette technologie fût reprise par diverses compagnies comme l’ORTF en France par exemple, qui y voyaient là un parfait outil de diffusion. C’est alors que la télévision est passée du statut initial d’outil de communication dans lequel les émetteurs se plaçaient également en récepteur, à un outil de diffusion qui quant à lui a rendu le spectateur passif devant elle. C’est belle et bien de cette privation historique, à la source, qui s’est accentuée avec les années, qui d’après Haneke expliquerait l’acte de Max.


L’extrait projeté, montre le jeune Max le teint pâle « jouant » seul face à une machine d’en- traînement qui lui renvoie tel un métronome ses balles. Résumant à elle seule ce sentiment de privation et d’incommunicabilité, je me suis proposé, par le simple ajout d’une demie table de ping-pong faite avec diverses chutes trouvées dans mon atelier, ainsi que par la création numérique d’une « boucle in nie» dans l’extrait projeté, de prolonger son entrainement et par là de « ré-enregistrer » comme sur une bande VHS, d’interrompre l’histoire réelle que l’on connait. Cela en offrant un adversaire (un spectateur de l’oeuvre) à Max qui dorénavant échange avec quelqu’un. La projection ici, qui symbolise l’écran de la télévision redevient donc l’outil pour lequel elle a été inventée, offrant un match mi-numérique mi- réel fonctionnant par anamorphose. Un parallèle est fait entre le bien-être de l’individu et l’émancipation de la machine qui se voit attribuer une nouvelle fonction.