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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB. 2011 - 2017

Jérémy Boulc'h

Entre iconoclasme et esthétique minimale, romantisme et Land Art, mon travail s’intéresse à la vaine tentative de conservation du sens de l’information lors de son transfert, et décide de comprendre les pertes et altérations intervenants comme des gains potentiels. Que ces pertes soient dues à la simple action du temps sur l’objet, ou encore au transit d’une image numérique d’un support à un autre, le flux de l’information ne s’interrompt jamais vraiment totalement, c’est la notion même du Nächleben de l’iconologue Aby Warburg. J’aime identifier ce qui est souvent le point de départ de mes travaux comme des bouteilles lancées à la mer, des appels laissés par d’autres que je glane et pour lesquels je tente de formuler une réponse. Il est toujours question d’émission et de réception, d’une communication entre les hommes. Une étude qui nécessite parfois de remonter aux origines humanistes de nos moyens de communications actuels. Il est alors question de la compréhension des outils ainsi que d’une appropriation de nos moyens de production afin de les extraire de leur fonctionnalité, ouvrant un champ des possibles que je me propose de partager à travers la conception même de mes travaux.



Du philosophe Walter Benjamin et sa notion d’authenticité en point de départ à dépasser, j’édifie pas à pas les théories de ce dépassement, aidé des rencontres principalement littéraires faites durant cette quête. Dès essais d’artistes à ceux d’ethnologues, anthropologues, sociologues, ou philosophes, je sélectionne et cumule.
Ma pratique artistique n’exclut aucun médium et les réunit souvent sous la forme d’installations activables par le spectateur, qui peut alors, le cas échéant, devenir auteur ( Missing Piece Project). Également, la légèreté plus que l’humour y trouve une place grandissante, qui peut s’analyser comme une certaine défense face à l’amertume de certains thèmes abordés, comme dans la pièce (Tishtennis.FR et Take your protein pills and put your helmet on), où le déterminisme lu se mue en ressort pro table à la pièce.
Plus que de m’essayer à parler de technologie et copie dans l’art ( Faisceaux Lumineux), ou de traduction de l’intention (Sjösättning) et ( Take Your Protein Pills And Put Your Helmet On), il serait question dans un premier temps d’appréhender les acteurs de ce milieu ( spectateurs, artistes, œuvres, galeries, centres, institutions) et d’en saisir leur limites traditionnelles, de leur devoir à leur pouvoir a n d’en remonter les dissonances ou simplement d’en noter les évolutions.
Une habitude de travail qui devient une posture d’artiste. C’est de l’expérience proposée par l’archéologie expérimentale que je m’inspire lors de la conception de mes formes, puis de l’appréhension qu’en fera le spectateur que je cueille mes résultats (Totem) (Missing Piece Project). Une posture qui sait aussi se jouer de l’image de l’artiste en offrant un regard sur la société et ses banalités. Être présent dans l’exposition sans être là entant qu’artiste, c’est ce que me permettent ces masques qu’il m’arrive de porter et qui me mettent « à couvert » et me rendent tour à tour scientifique, vendeur ou promoteur, des personnalités-éponges ou érudites d’un style et d’une époque, que j’affectionne et qui me ramène à mon tour à ma marginalité d’artiste par leur naïveté dans le domaine, et qui me rendent le port de leur casquette extrêmement confortable !