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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB. 2009 - 2015

Gabrielle Decazes

FAIRE PAYSAGE

Faire paysage. Toutes techniques confondues. Gabrielle Decazes s’applique, du dessin à la vidéo en passant par la sculpture ou l’installation, à recréer avec la démiurgie de l’aléatoire des paysages. Des paysages qui n’existent pas, des paysages que l’on rêve ou que l’on devine dans les interstices de la matière. Des paysages qui flottent immobiles sous nos yeux et qui empruntent aussi bien à l’imaginaire des nuages qu’à la forme des grottes, voire même à un modeste trou creusé dans le sable en bord de Loire… L’artiste s’intéresse aux phénomènes naturels imperceptibles à l’oeil nu.

Ce qui fait paysage devient alors archéologie, divination ou pure exploration d’un monde inhabité, un monde de formes complexes qui semblent parfois faire signe, portés par un sens crypté. Des paysages incertains souvent froids, gris, pierreux, mais toujours architecturés par une main invisible, celle de l’artiste qui compose par couches, superpositions et effets de matières l’inattendu : le paysage est au sens strict en chantier. Apparaît alors la contradiction entre la représentation d’un phénomène naturel millénaire et sa réalisation avec des matériaux industriels et précaires.

Rien n’est caché, mais par un effet de palimpseste permanent tout se voile et se dévoile. Le chantier est à ciel ouvert, le paysage est en pleine fabrication, sous nos yeux. Chacun est libre de s’y promener, de s’y perdre. Libre à soi d’y creuser son sillon ou de suivre à la trace un sens perdu. Les icebergs, les flocons de neige, les piliers de grottes pétrifiantes, le reflux du fleuve, les arcanes de béton ou les empreintes de fossiles : ce monde fait de formes est notre paysage, il a sans doute déjà disparu, nous en arpentons les vestiges.

Texte de Daria de Beauvais publié dans le catalogue du Salon de Montrouge 2017



Gabrielle Decazes investit la notion de paysage, comme genre artistique et comme concept géographique, pour nous confronter à une perception renouvelée. Par diverses opérations de reproduction, renversement, appropriation ou déplacement, le paysage est à la fois différé (telle une image usée) et réincarné par la matérialité du support, le velouté du dessin, l’échelle du corps. A partir d’une image générique se reforme alors un paysage singulier, la destination d’un voyage intérieur, un site rechargé d’émotions – bientôt romantiques – et augmenté de strates géologiques.

Texte de Julie Portier publié dans le catalogue d’exposition Mettre à Jour et Extension