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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB. 2011 - 2015

Corentine Le Pivert & Nicolas Gérot

MÀJ 18-07-2016

Brotherhood of the grape, 2016

Installation : structure en bois (190 x 110 x 36 cm), couvertures militaires, table basse (118 x 78 x 45 cm), machine à écrire, feuille de papier A4, plantes, plaid, livres, assiettes en grès, vase, jouets, synthétiseur, Walkman, bouteilles de vin, verres, coton épais et feutre (220 x 150 cm)

Un groupe d’amies amatrices d’art contemporain se rend à un vernissage. Elles pénètrent dans l’espace d’exposition, leurs pas résonnent sur le plancher qui grince. Elles rigolent et s’esclaffent.
Comme c’est étrange : la galerie est ouverte, les lumières sont allumées, mais il n’y a personne. Seuls restent des vestiges d’expositions passées comme des planches, des socles et divers objets. Un peu déconcertées, elles ne se décontenancent pas pour autant.
L’une d’elles finit par dire : « Ce n’est pas si grave, j’ai une bouteille de vin, amusons-nous quand même ! »
D’autres sortent des biscuits et des chips, et elles s’aménagent un coin tranquille pour pouvoir discuter en écoutant même de la musique. Au final, elles sont plutôt bien installées et passent une soirée agréable.

Plus tard, un couple de jeunes artistes passe devant la galerie, s’arrête un moment et observe la scène à travers la vitrine.
Lui : – Tiens, c’est marrant leur truc là, ça me fait penser à un tableau, genre « Le déjeuner sur l’herbe ».
Elle : – Oui, c’est pas mal. C’est quoi, une performance ?
– Oui, je pense. C’est de qui ?
– C’est pas marqué, ça doit être encore un truc trop cryptique.
– Tu veux qu’on rentre et qu’on demande ?
– Bof, on a pas trop le temps. Je trouve que ça manque de plantes vertes...
– Ouais, et plein d’autres zigouigouis !
– Haha ! Des zigouigouis ?
– Oui, j’sais pas, des trucs, des objets ou des jouets...
– Tu veux toujours mettre des jouets partout, toi.
– C’est pas mal, j’aime bien.
– Oui, c’est pas mal. On y va ?
– Ah ouais ouais ouais...

Et ils s’en vont, satisfaits de leur analyse de l’oeuvre.

Voilà le texte que l’on peut lire encore emprisonné dans la machine à écrire bleue posée sur la table basse, elle-même posée sur une structure en bois à peine dissimulée sous de vieilles couvertures militaires marrons. Divers objets sont disposés là : des bouteilles de vin, l’intégrale de John Fante, des bibelots et des plantes vertes. C’est la structure qu’aurait pu aménager le groupe d’amies, agrémentée des objets ramenés par le couple d’artistes. Accrochée au mur, il y a une bannière sur laquelle sont cousus ces mots : « Brotherhood of the grape ». C’est le titre de la pièce.

Nicolas s’installe au fond de la salle et joue de la musique sur un petit synthétiseur pendant un court instant. Puis, Corentine lit à voix haute un extrait de Demande à la poussière de John Fante – encore lui. Après cela, ils lèvent tous les deux un verre de vin et boivent à la santé d’Arturo Bandini. Nicolas reprend encore un moment la musique sur son synthétiseur.

« Brotherhood of the grape » est en quelque sorte un hommage à John Fante, un hymne au vin et à la fête et une ode à la page blanche.