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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB, 2013 - 2018

Céline Le Guillou

Née en 1994, Céline Le Guillou développe un travail de peinture à l’huile et de sculpture d’inspiration essentiellement formaliste. Attentive à ce qui se joue dans l’atelier, à l’acte de création en tant que tel, sa démarche est sous-tendue par l’attention donnée aux matériaux qu’elle mobilise. Il s’agit de leur laisser la liberté de s’exprimer ; d’accompagner la matière œuvrée sans lui enlever « la responsabilité́ de s’organiser par elle-même ». L’artiste affirme ici une position d’intermédiaire. Maïeuticienne à l’écoute intuitive, elle est celle qui, par le truchement de ses gestes, favorise le passage d’un état à un autre. Ses expérimentations donnent naissance à des assemblages de diverses tailles, le plus souvent réalisés à partir de l’agencement d’éléments récupérés, retravaillés. Après les avoir beaucoup employés, elle se détourne progressivement de matériaux synthétiques – mastique polyester, mousse extrudée – au profit d’autres matériaux d’origine plus naturelle – bois, cire, résine acrylique, tissus et plâtre. Surtout, telle une réponse à sa croyance en une intériorité de la matière-même, en un mouvement interne qu’il s’agirait de révéler, Céline Le Guillou, à la suite de son diplôme à l’EESAB de Quimper, se perfectionne dans les techniques de la terre dans le cadre d’une formation longue à l’Institut européen des arts céramiques (IEAC, Guebwiller).


À l’heure de ces lignes, Céline Le Guillou crée des œuvres uniques lesquelles, sans être régies par une approche en séries, semblent mutuellement se répondre une fois réunies au sein d’un espace. Comme une volonté d’étendre les possibilités des matériaux, d’en flouter les textures tout en voilant leur origine, elle en recouvre certains d’enduits ou de cire, voire les enveloppe de tissus encollés. Elle qui apprécie le transitoire et l’entre-deux, goûte les effets de déroute du regard ainsi provoqués, autant que le paradoxe instauré par l’alternance entre des formes d’inspiration organique et d’autres plus géométriques, abstraites. Ce penchant pour la contradiction – ou la complémentarité, c’est selon – se retrouve dans la gamme chromatique de ses œuvres peintes comme sculptées. Ainsi, les tons pastel (avec une prédominance des jaunes, bleus, roses) font danser les formes rondes, tandis qu’en contrepoint, les éléments géométriques aux bords plus francs tranchent de leurs notes foncées. C’est parfois le socle, partie intégrante de la plupart de ses sculptures, qui véhicule ce contraste formel tout en permettant de faciliter la lecture d’ensemble. Outre leurs titres, quelques mots gardés secrets accompagnent certaines pièces, que l’artiste personnifie volontiers lorsqu’elle en parle. Sans préexister à leur création, ils constituent au contraire une manière de mettre en récit les sensations qui l’ont dirigée.


Marie Chênel – décembre 2020