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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB, 2013 - 2018

Camille Tan

La construction, l’architecture, la ville et ses dynamismes de productions sont des bases de recherche que j’investis régulièrement par des collectes d’objets. Ces dernières témoignent d’un usage, d’un contexte, d’un temps, et sont à concevoir comme des lieux qui concèdent et aménagent des espaces. Cette archéologie expérimentale est devenue une quête nécessaire, intégrée à une pratique artistique qui privilégie le contact vivant avec le quotidien. De l’objet à la relation, en passant par la décomposition des espaces ; la confrontation physique avec le paysage et ses résidus est un moyen de renouer à la fois avec moi-même mais aussi avec mon environnement.

 

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« De la sélection méthodique, aux contractions, torsions, frottements et compressions, nous retrouvons toute une série de gestes sculpturaux que ce paysage accidenté réceptionne de façon discontinue. L’artiste décide d’entrelacer les aspérités des objets, leurs vides et leurs pleins, ou simplement de laisser agir le passage du temps sur la matière. Il s’agit d’un fragment d’un processus qui commence lors des marches, pendant lesquelles l’artiste arpente les lieux urbains et naturels, privés et publics. […]

«L’artiste constitue un système d’objets et de fragments qui sont désormais à l’écart des logiques de consommation. Leur matière est sublimée en passant sous l’égide d’une nouvelle économie, générée par leur valeur d’exposition. Camille Tan s’adonne donc à collectionner ces artefacts que l’on ne désire plus, mais qui le fascinent. Sa démarche témoigne d’une curiosité, un wonder qui côtoie l’arpentage, le wander. […]
C’est là que s’ajoute à la « conscience de la boue », une conscience de la ruine, comme forme de l’impermanence de l’architecture et comme figure du passage du temps. Une partie de la pratique de Camille Tan relève de cette conscience. Dans d’autres oeuvres réalisées, la ruine est évoquée en tant que représentation de la fragilité et des paradoxes urbanistiques. […]
Une exploration qui s’attache tant aux environnements qu’à l’imagerie qui constituent le paysage urbain, fondé sur le principe d’impermanence de toute construction. On y trouve la complexité d’un paysage où l’usure, la ruine et les altérations s’offrent à nous comme formes curieuses et impermanentes du quotidien. »
PROMENADE PITTORESQUE DANS UN JARDIN IMPERMANENT - TEXTE. MICHELA SACCHETTO, 2015

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Investir ou délimiter un territoire engendre la fabrication de ‘marqueurs d’occupation’; cavités, parois, cloisons, murets, barricades ou grillages contiennent des espaces, tracent des lignes sensibles et fragiles. Leur simple présence annonce déjà l’apparition d’une faille, d’une future ruine. L’enveloppe du corps humain, au fil du temps, s’use ; les objets aussi. Dans mon travail, la matière est contrainte tout comme le corps, dans l’action et la fabrication, est mis à l’épreuve. Il est alors souvent question de bâtir des tensions, des ambiguïtés, de jouer avec les forces et d’amener parfois la matière à provoquer sa propre rupture.
La trace, les procédés de fabrication, les accidents ; chaque hasard importe. Des objets banals, des matériaux quotidiens neufs ou extraits de leur contextes initiaux dévoilent la réalité d’un monde qui change, s’effrite puis se reconstruit mais aussi un monde qui abandonne, jette et rachète continuellement. On pourrait parler d’abandon programmé ou d’obsolescence, notions au cœur d’une société actuelle nécessitant de ré-examiner le système de conception et de production d’un objet. Ma démarche vient repenser la relation entre la sculpture, l’espace, le temps et l’action, en interrogeant le vécu mais aussi le devenir de ces objets. Ces expériences révèlent une certaine tentative de ‘maîtriser l’entropie’. Je cherche souvent à déjouer le temps en modifiant le stade de vie des objets, en altérant leurs états.
Ralentir le processus d’érosion en figeant l’éphémère, ou encore l’accélérer, en aggravant la dégradation. L’idée étant de mettre en valeur leurs structures réelles et leurs propriétés à travers des propositions sculpturales et des installations qui interrogent leurs possibilités, leurs plasticités.

 

The construction, the architecture, the city and its production dynamisms are basis of research that I regularly explore with the gathering of objects. The latter testify to a use, a context, a time, and can be considered as sites which create and build spac- es. This experimental archeology has become a necessary quest, integrated into an art practice which favours the living contact with everyday life. From the object to the relation through the decomposition of the spaces ; the physical confrontation with the landscape and its wastes is a way of reconnecting both with myself and with my surrounding environment.

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« From the methodical selection to contractions, twists, frictions and compressions, we find various sculptural gestures interacting with the uneven landscapes. The artist decides to intertwine the roughness of objects, their fullness and space or simply to let time act on matter. It is the fragment of a process which starts during my wanderings, where the artist paces urban and natural, private and public places.[...] «The artist constitutes a system of objects and fragments which are henceforth away from consumption logics. Their matter is sublimated, under the aegis of a new economy generated by their exposure value. Camille Tan devotes himself to collect these artefacts that one no longer desires, but which fascinate him. His approach shows some curiosity, a wonder bordering wander. [...] This is where comes the ‘awareness of mud’, an awareness of remains as a form of impermanence of architecture and as representing the passing of time. Part of Camille Tan’s practice refers to this awareness. In other works completed, the ruin is evoked as the description of urban paradoxes and of fragility. [...] An exploration which addresses both the environments and the imagery making up the urban landscape, based on the principle of impermanence of any construction. The landscape can be found therein, where the ruin and the alterations reveal themselves to us like strange and impermanent forms of the daily life. »

A SCENIC WALK IN AN IMPERMANENT GARDEN - TEXT. MICHELA SACCHETTO, 2015

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Investing or delimiting a territory leads to the making of ‘occupancy markers’ ; cavities, walls, partitions, small walls, barricades where fences contain spaces, trace sensitive and fragile lines. Their mere presence already announces the appearance of a flaw, of a future ruin. The envelope of the human body wears off and so do the objects. In my work, the matter is constrained, just like the body, both in action and in the making, it is tested. Therefore, it is common to build tensions, ambiguities, to play with forces and sometimes to bring the matter to cause its own breaking. The trace, the manufacturing processes, the accidents ; every coincidence is important. Trivial objects, brand-new daily materials or materials extracted from their initial contexts reveal the reality of a changing world, crumbles and rebuilds itself but also of a world which abandons, throws away and continuously buys other objects. We could talk about technological abandonment or obsolescence ; these concepts are important issues of the present society which needs to reconsider the design and production system of an object. My approach reconsiders the relationship between sculpture, space, time and action, by questioning the experience and the future of these objects. These experiences reveal an attempt to command the entropy. I often try to thwart time by modifying the stage of life of the objects, by altering their states. Slowing down the erosion process by freezing the ephemeral or speeding up the process by aggravating deterioration. The idea is to enhance their actual structures and their properties through proposed sculptures and installations which challenge their possibilities and their plasticities.