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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB, 2013 - 2018

Angèle Manuali

« Nous sommes plusieurs à penser, depuis notre coin d’avoine sauvage, au milieu du maïs extra-terrestre, que, plutôt que de renoncer à raconter des histoires, nous ferions mieux de commencer à en raconter une autre, une histoire que les gens pourront peut-être poursuivre lorsque l’ancienne se sera achevée. Peut-être1. » Ursula K. Le Guin

Diplômée de l’École européenne supérieure d’art de Bretagne en 2018, Angèle Manuali développe une pratique de performances et de vidéos, en parallèle de son activité au sein du collectif Uklukk. La conception de ses œuvres s’appuie sur de nombreuses recherches préalables, des lectures théoriques transdisciplinaires à la récolte de témoignages, qui servent de levier à la construction de puissantes fabulations polyphoniques. Entremêlements maîtrisés de savoirs et d’histoires, celles-ci cernent un territoire narratif aux limites fluides, dont l’exploration des différentes manières possibles d’être au monde formerait l’île principale. Que l’artiste interprète seule une conférence-performance face à son auditoire, ou orchestre une situation scénarisée impliquant la participation d’autres performeur·se·s, le déroulé se révèle rythmé au millimètre. Au sein d’espaces souvent plongés dans la pénombre nécessaire aux projections, la « magie sérieuse » d’Angèle Manuali opère. Une expérience, tant individuelle que collective, a lieu : expérience du corps faisant récit, expérience vécue de celles et ceux en qui il fera chemin. D’autant que les situations d’énonciation et de réception sont souvent multiples, entre l’exposé adressé au groupe temporairement formé et les confidences annexes divulguées à la faveur de précieux tête-à-tête. Angèle Manuali parle au pluriel, elle manipule les règles d’une polyglossie qui lui est propre mais qui m’évoque les enjeux de l’écriture cyborg maniée par Donna Haraway : il s’agit de prendre en compte que les savoirs sont toujours situés, et la perspective partielle. De fait, le projet « La vie mode d’emploi » que l’artiste développe depuis 2017 autour de la « recherche du vivant », ne serait sans doute pas sans déplaire à la biologiste, historienne des sciences et philosophe américaine. Après avoir émis des « hypothèses poétiques » tissant des parallèles « entre les techniques de recherches astronomiques et les connaissances en matière de vie » lors de sa leçon inaugurale (La vie mode d’emploi : exoplanètes, 2017), Angèle Manuali questionne « ce qu’est un humain dans son corps » dans la seconde, en favorisant un état méditatif (La vie mode d’emploi : rendre vivant, 2019). Fondamentale dans son travail plastique et de plus en plus reliée à sa pratique du yoga, cette quête relative aux manières d’habiter nos corps, en immersion au sein d’un monde peuplé d’autres formes de vie, prend une nouvelle dimension en 2020, à travers l’hypnotique vidéo Rendre vivant : hommage, et l’ambitieux projet de lecture chorégraphiée intitulé L’eau d’ici. »

1 Ursula K. Le Guin, « La théorie de la fiction-panier », Danser au bord du monde. Mots, femmes, territoires, éd. de l’éclat, 2020

Texte de Marie Chênel, curatrice, responsable de AWARE, chargée de recherche de Sation 18 Laboratoire espace cerveau, Centre d’art de Villeurbanne.

« Angèle loves big waves. When she dances you would think it’s the wind that rocks her. She has its roots in the ground, she invites you to sit down to listen, to take place in the environments she creates with the perspective that each person with his own body can be in places of universe, right in fiction. Universe and fiction: science, knowledge, immaterial. How can these unverifiable spaces be made perceptible? How to be in contact, update the links rather than asserting a speech? Diving with others carefully, so that the heckling of the waves is made of the bodies of others.
Born in a Western cultural context, she also quickly became attached to Asian social histories and practices. Mythical stories that have forged his imagination and a multi-faceted vision of life, anchoring the experience of her body at the center of all perception. »

Text of Mathis Berchery (artist & poet)

Performance, video and performed immersive installation are my tools for new forms of knowledge, language, visual and oral transmission. My works are intimate and living experiences of storytelling. The mental images that I make, the elements that I divert, tinker with, are «serious magic». Most of my performances are like chapters that constitute work, a constantly evolving reflection on modes of existence and the questioning of their apprehension from a Western point of view.
What makes a body? What allows an existence to be?
From what point of view do we understand the other?
How to find a horizontal share?
Here are some questions that drive most of my work, in particular my latest projects.

Graduated in 2018 from DNSEP Art at Eesab in Rennes, I notably showed my performances at the «Circonference» festival of Château-Gontiers, on the 4th floor of the National Theater of Brittany, my installations performed at the Ulpien Institute, in ALASKA café-brocante and at the Hôtel dieu de Rennes twice, for the “Rentrée des arts” and during the “Foudre” festival. I also co-founded Collectif Uklukk with Mathis Berchery through which we develop exhibitions of texts and curatorial projects of performance and poetry.
In 2020-2021 the project L’eau d’ici -(Water from here), which sounds like Odyssey, performance - will be welcome in Ancharpark, Kiel (Germany), and we are going to experiment Something Missing - cook art & poetry project - for few month in East Asia.